Ecrire, c'est tout ce qu'il me reste à faire. Ecrire jusqu'à la crampe du poignet, jusqu'à la folie et jusqu'à ce que ça ne veuille plus rien dire du tout. Je ne crois pas en Dieu, quoique j'ai des doutes. Parfois je prie, mais ça s'adresse pas vraiment à lui. Et puis on sait jamais, peut-être que le jour du jugement dernier je serai sauvée grâce à ça. Et puis c'est vrai qu'il faut bien une origine, la science n'explique pas tout. Le Big Bang tout ça, on n'en est même pas certain. Y'a pas de honte finalement mais j'éprouve un certain dégoût dans les églises, causé par l'Histoire, les guerres, la famine, mon histoire aussi, comment on peut être aussi cruel avec les gens bien si on est Dieu ? Les hommes d'église ne sont pas des gens biens, pas ceux que je connais en tout cas. Mais si Jésus est vraiment comme décrit dans la Sainte Bible, j'aurais bien envie d'y croir... Un modèle de vertu et d'égalité, c'est touchant, ça fait rêver pour l'humanité. Si j'en arrive à parler religion, c'est qu'on est loin quand même, pourtant je ne suis pas ivre, je n'ai rien fumé, je suis clean. Mais j'ai fait un rêve, comme Martin. (Luther King, banane) Non c'était pas un rêve comme lui, c'était personnel et c'était vraiment un rêve quand je dormais. Non je ne le raconterai pas, au risque d'être prise pour une cinglée. Mais c'était... décisif ? Pas jusque là mais en tout cas c'était perturbant. Et puis Et puis... c'est tout ce que je sais dire. Comme si je devais chaque fois me justifier, argumenter, compléter... comme si je pouvais pas dire clairement les choses au moins une fois dans ma vie. Non, je peux pas, je me sens vraiment différente de tout le monde, enfin la masse dumoins, les gens importants ne sont pas dans la masse, les gens que j'aime n'en font pas partie, on est tous différents mais y'a quand même un tas de gens qui pensent pareil, ça c'est à chier. Comme par hasard, ce sont ceux qui pensent mal, les glandus, les dégonflés du slip. J'ai pas envie de me fondre dedans, j'ai pas envie de voter, d'avoir un diplôme, d'étudier, de me marier, d'aller à l'opéra juste pour faire semblant ou de partir en vacances à l'hôtel, c'est nul tout ça, maintenant que j'y pense. Mais je vais faire quoi alors ? La vie des gens se résume à ça. Naître, vivre comme tout le monde, vieillir, mourir. C'est déprimant mais c'est vrai. Et si j'ouvrais un magasin de vinyls alors que le numérique est à son apogée ? Et si je menais une révolution alors que Che Guevara est mort et Fidel Castro n'est plus dans l'coup ? Et si je vivais en ermitte ? Et si, et si ? Si je vivais dans une bouteille à Paris. Oui c'est loin, oui j'ai le temps... Deux ans, trois, quatre, cinq au maximum! Il faudra alors quitter la maison, louer un kot, acheter un chien et travailler parce que même commu à l'ULg, ce sera pas pour moi. Il restera quoi ? Je bosserai au Quick. Peut-être que je serai secrétaire si j'ai de la chance. Ils seront partis mes rêves, j'aurai 2,8 enfants, un labrador et un mari qui sera cadre commercial. On aura même une audi A4 et une twingo. Deux voitures?! Tu te rends compte. Mon fils voudra la nouvelle Wii et ma fille jouera avec la nouvelle génération de Barbie, celles qui parlent. Le virgule huit, on n'en parlera pas. C'est pessimiste tout ça... Peut-être que je reprendrai mes études à 35 ans! Quand j'en aurais marre d'être mère au foyer. Alors mon mari me quittera pour une belle jeune blonde mannequin et moi... c'est plus la peine d'en parler. J'aurais une vie digne d'être montrée dans une pub pour dash. Pas assez heureuse pour être montrée dans les magasines, pas assez triste pour être un bon film noir des années '30. Tant pis, je ne me poserai plus de questions, j'aurais été lobotomisée par notre belle société. Puis mes enfants partiront, la tête pleine de rêves et ça me rappellera ma jeunesse. Mais il leur arrivera la même chose en bien pire, le monde puera surement davantage. Que voulez-vous que je vous dise? J'ai peur quand même, je rentre en cinquième après-demain, je n'ai aucune passion, je me désintéresse vite, j'habite en Belgique et je suis nulle à l'école. Je suis une vraie moule, je ne fous rien de mes journées, je ne sais que sortir, boir... faire comme tous les jeunes coules mais en me moquant d'eux, ceux de St Servais, les pipoooles qui ont des véja et un longchamps. Moi je me rassure en gardant mes vieilles all star et en m'habillant chez h&m mais je suis comme eux. Juste un peu moins matérialiste mais j'ai le même avenir pourri. Le pire dans cette histoire, c'est que je suis tout à fait heureuse, il y a les hauts et les bas, je relativise, j'ai tellement fais semblant, que j'en suis aujourd'hui persuadée, on vit dans une monde idyllique. Non, j'exagère comme toujours, mais j'oublie parfois les gens qui meurent de faim, les enfants abandonnés, les armes nucléaires... Je m'intéresse trop à ma vie. Qu'est ce qui m'arrive ? J'ai même envie de trouver quelqu'un qui me ressemble, qui m'aime et que j'aime, mon âme soeur, de l'épouser, passer ma vie avec lui et d'avoir des enfants. Le conte de fée, le vieux rêve ringard. Je m'en rend compte, je deviens comme la masse, ma personnalité perd de sa saveur, elle devient fâde, sans intéret. Je suis et resterai comme madame-tout-le-monde, tel est mon destin. Mais je vais bien, très bien.